lundi 27 octobre 2008

Broadcasting live from The Moon

En 1969, les américains et Hollywood ont réussi à faire croire à mes parents qu'on avait marché sur la Lune.

En 2009, 40 après(on est déjà en 2009 si vous aviez pas fait gaffe), j'entame une énième année à faire de même.
Sautiller grâce à l'apesanteur, parler avec des blancs entre chaque phrase.
Je marche sur la Lune depuis un bout de temps.

J'écris des textos par centaines, des mails par dizaines, toujours aux même gens, et quand je les vois je ne leur parle pas.

D'après une fille avec qui j'avais une conversation "animée" hier soir, je suis "obsessif".
Ah ouais tiens j'étais pas au courant, merci. Fine analyse.

D'après une autre fille avec qui j'avais une conversation "animée" hier soir, je suis "virtuel".
C'est vrai.
Je vis dans le passé, et quand des vrais gens sont là devant moi, moi je ne vis pas, je parle de mes exs, d'anecdotes marrantes ou non.

Jamais je ne dis "ah vivement tel jour", "je dois absolument faire ça", "ce projet me tient vraiment à coeur", ou autres emballement à propos du futur.

Non, rien ne m'excite, je me contente de ce que j'ai vécu, et je ne cherche pas à vivre.
Alors si je rencontre des gens, je fais l'amour, je vais à Paris voir des concerts, mais c'est pas grand chose au final. Les semaines passent, je ne fais rien de mes deux mains.
Avec mon cerveau je fais plein de trucs, qui ne me servent à rien si ce n'est à déprimer.

Peut-être que le 25 avril 2009, le jour où cela fera dix ans que mon frère est mort, j'aurais une réaction. Peut-être que je regarderais enfin une bonne fois derrière moi et que je dirais à tout le monde "allez vous faire foutre".

Peut-être que ma nouvelle vie commencera ce jour-là, puisque ma vie d'aujourd'hui a commencé il y a dix ans.
Changer de peau, muer, j'éspère un jour être quelqu'un d'autre.
J'éspère être moi-même, à nouveau.

1 commentaire:

lynn a dit…

Il y a cent trente ans, après avoir visité le pays des merveilles, Alice entra dans le miroir pour y découvrir le monde à l’envers. Si Alice renaissait de nos jours, elle n’aurait besoin de traverser aucun miroir : il lui suffirait de se pencher à la fenêtre.

A l’école du monde à l’envers, le plomb apprend à flotter, le bouchon à couler, les vipères à voler et les nuages à ramper le long des chemins.

Dans le monde d’aujourd’hui, monde à l’envers, les pays qui défendent la paix universelle sont ceux qui fabriquent le plus d’armes et qui en vendent le plus aux autres pays. Les banques les plus prestigieuses sont celles qui blanchissent le plus de narcodollars et celles qui renferment le plus d’argent volé. Les industries qui réussissent le mieux sont celles qui polluent le plus la planète ; et la sauvegarde de l’environnement est le plus brillant fonds de commerce des entreprises qui l’anéantissent.

Le monde à l’envers nous apprend à subir la réalité au lieu de la changer, à oublier le passé au lieu de l’écouter et à accepter l’avenir au lieu de l’imaginer : ainsi se pratique le crime, et ainsi est-il encouragé. Dans son école, l’école du crime, les cours d’impuissance, d’amnésie et de résignation sont obligatoires. Mais il y a toujours une grâce cachée dans chaque disgrâce, et tôt ou tard, chaque voix trouve sa contre-voix et chaque école sa contre-école.

Eduquer par l’exemple

De toutes les institutions éducatives, l’école du monde à l’envers est la plus démocratique : elle n’exige aucun examen d’admission, ne nécessite aucune inscription et délivre gratuitement ses cours, à tous et partout, sur la terre comme au ciel : elle est la fille du système qui a conquis, pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, le pouvoir universel.

Les modèles de la réussite

Le monde à l’envers présente la particularité de récompenser à l’envers : il méprise l’honnêteté, punit le travail, encourage l’absence de scrupules et alimente le cannibalisme. Ses maîtres calomnient la nature : l’injustice, disent-ils, est une loi naturelle. Milton Friedman, l’un des membres les plus prestigieux de son corps enseignant, parle du « taux naturel de chômage ». Selon la loi naturelle, prétendent Richard Herrnstein et Charles Murray, les noirs se situent au plus bas degré de l’échelle sociale. Pour expliquer ses succès en affaires, John D. Rockefeller se plaisait à déclarer que la nature récompense les plus aptes et punit les inutiles. Et plus d’un siècle plus tard, de nombreux maîtres du monde continuent à croire que Charles Darwin a écrit ses livres pour leur prédire la gloire.

Comment survivent les plus aptes ? L’aptitude la plus utile pour se frayer un chemin et survivre, le killing instinct, l’instinct assassin, est considéré comme une vertu humaine lorsqu’il sert aux grandes entreprises à digérer les petites et aux pays puissants à dévorer les plus faibles, mais il est preuve de bestialité quand n’importe quel pauvre type sans travail sort chercher de quoi manger un couteau à la main. Les malades atteints de pathologie antisociale, danger et folie qui habite chaque pauvre, s’inspirent des modèles de bonne santé de la réussite sociale. C’est de tout en bas, en levant les yeux vers les sommets, que les petits délinquants apprennent ce qu’ils savent. Ils étudient l’exemple de ceux qui ont réussi et, tant bien que mal, font ce qu’ils peuvent pour imiter leurs qualités. Mais ceux qui sont dans la merde resteront toujours dans la merde, comme aimait le répéter Emilio Azcárraga, qui fut seigneur et maître de la télévision mexicaine. La probabilité pour un banquier qui vide une banque de profiter, en paix, du fruit de son labeur est exactement proportionnelle à celle, pour un voleur qui braque une banque, de finir en prison ou au cimetière.

Quand un délinquant tue pour quelque dette impayée, l’exécution se nomme règlement de comptes, et l’on appelle plan d’ajustement l’exécution d’un pays endetté, lorsque la technocratie internationale décide de lui régler son compte. Le banditisme financier prend les pays en otage et met le nez dans leurs affaires s’ils ne payent pas la rançon : en comparaison, n’importe quel gueux devient plus inoffensif que Dracula sous le soleil. L’économie mondiale est l’expression la plus efficace du crime organisé. Les organismes internationaux qui contrôlent la monnaie, le commerce et le crédit, pratiquent le terrorisme contre les pays pauvres, et contre les pauvres de tous les pays, avec une froideur professionnelle et une impunité qui humilierait le meilleur des poseurs de bombes.

L’art de tromper son prochain, que les escrocs exercent en chassant leurs proies crédules dans les rues, touche au sublime quand quelques politiciens à succès déploient leur talent. Dans les banlieues du monde, les chefs d’Etat bradent des pans entiers de leurs pays, à des prix de fin de soldes, comme dans les banlieues des villes les délinquants vendent, à bas prix, le fruit de leurs larcins.

Les tueurs à gages accomplissent, au détail, la même besogne que celle qu’exécutent, à grande échelle, les généraux décorés pour des crimes hissés à la catégorie de gloire militaire. Les braqueurs, les pickpockets au coin des rues, n’emploient que la version artisanale des fortunes d’un coup monté par les grands spéculateurs qui dévalisent des foules par ordinateur. Les violeurs les plus cruels qui s’en prennent à la nature et aux droits de l’homme ne vont jamais en prison. Ce sont eux qui détiennent les clefs des geôles. Dans le monde d’aujourd’hui, monde à l’envers, les pays qui défendent la paix universelle sont ceux qui fabriquent le plus d’armes et qui en vendent le plus aux autres pays. Les banques les plus prestigieuses sont celles qui blanchissent le plus de narcodollars et celles qui renferment le plus d’argent volé. Les industries qui réussissent le mieux sont celles qui polluent le plus la planète ; et le salut de l’environnement est le plus brillant fonds de commerce des entreprises qui l’anéantissent. Ceux qui tuent le maximum de gens en un minimum de temps, qui gagnent le maximum d’argent en un minimum de travail et qui pillent le plus la nature au moindre coût méritent impunité et félicitation.

Marcher est un danger, et respirer un exploit dans les grandes villes du monde à l’envers. Qui n’est pas prisonnier de la nécessité est prisonnier de la peur : les uns ne dorment pas à cause de l’envie d’obtenir les biens qu’ils n’ont pas, et les autres ne dorment pas à cause de la panique de perdre les choses qu’ils possèdent. Le monde à l’envers nous forme à voir notre prochain comme une menace et non comme un espoir, il nous réduit à la solitude et nous console avec des drogues chimiques et des amis cybernétiques. Nous sommes condamnés à mourir de faim, de peur ou d’ennui, à moins qu’une balle perdue ne nous abrège l’existence.

Est-ce notre seule liberté possible, celle de choisir parmi toutes ces menaces ? Le monde à l’envers nous apprend à subir la réalité au lieu de la changer, à oublier le passé au lieu de l’écouter et à accepter l’avenir au lieu de l’imaginer : ainsi se pratique le crime, et ainsi est-il encouragé. Dans son école, l’école du crime, les cours d’impuissance, d’amnésie et de résignation sont obligatoires. Mais il y a toujours une grâce cachée dans chaque disgrâce, et tôt ou tard, chaque voix trouve sa contre-voix et chaque école sa contre-école.

eduardo galenao